Gangbang Café - Volet #2
| 4h15 du matin — Vous êtes bien Antoine Village? Je regarde le type en pleine face. Il me dévisage comme pour me dire «De quoi tu te mêles?» Le type – un jeune homme noir trapu, un peu rondouillard, vêtu d’un long survêtement en coton de style sportif – est visiblement plus jeune qu’il n’aimerait le laisser croire. À peine la vingtaine. Le type vient de sortir de son automobile en claquant sa portière d’un geste mal assuré, visiblement nerveux. De ceux qui ont l’habitude d’être traqué. Il est seul, comme je lui avais demandé. Et apparemment saoul comme une botte. Je ne lui laisse pas le temps de me répondre. — Je suis Greg. Je vous ai appelé jeudi passé. Je cherche du matériel. Vous êtes bien Antoine Village? Le type me répond finalement d’un genre de grimace qui vous donne envie de frapper avant de parler. — Eh mec, tu veux aller jaser ailleurs? Il y a trop de bruit ici. Le type regarde par-dessus mon épaule et du coin de l’œil j’avise deux choses : la petite horde de noirs à foulard rouge dans la poche du pantalon qui traîne sous le lampadaire au coin de la rue et, plus loin encore, une voiture sombre où font semblant de discuter deux types qui ne semblent pas s’être garés là par hasard. — D’accord. On y va à pied? Je ne veux pas prendre l’auto. Trop risqué pour moi l’auto ces temps-ci. Un terrain trop connu et dangereux. — Ça marche pour moi, bonhomme. Le type fait le fier. Il ne perd rien pour attendre. Le gars n’aura même pas fait un pâté de maison avant de piquer dans une petite ruelle déserte qui débouche sur une rue transversale. Moi, je sors la main de la poche de mon manteau. Il est devant moi, à deux pas à peine. Quand il se retourne pour voir si je le suis, il tombe nez à nez avec le canon de mon pistolet. — Oh, shit! Lui n’aura même pas eu le temps de dire : « Fais pas le con, mec ». Sa cervelle éclate sans un bruit, projetée loin au devant, par-derrière son crâne défoncé. Son corps grassouillet tombe comme une loque molle devant moi, à mes pieds. Le silencieux a encore fait son travail. La bonne affaire. — Heureux de t’avoir connu avant que tu ne meures, Antoine Village. Dans quelques pas, je dévisserais le silencieux du canon, jetterais les deux morceaux de l’arme dans une poubelle sur mon passage, me changerais ni vu ni connu dans la noirceur de la nuit contre une paroi de briques, puis mettrais le grand sac de toile et mon costard noir deux pièces dans la poubelle d’un parc, beaucoup plus loin sur mon chemin. Plus tard, j’irais prendre un verre dans ce petit trou à rats, juste avant le lever du soleil. Un bon café avant de finir ma nuit de travail, ça fait toujours du bien. Libellés : Gangbang Café |


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