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19 novembre 2006

Réveil - Sixième partie

Au bout du onzième jour, je suis debout devant la fenêtre. Il m’a certes fallu plusieurs essais d’une incroyable difficulté, mais j’ai pu finalement faire comprendre à mes jambes que je devais savoir. Et que pour savoir, il leur fallait devoir me porter et marcher jusqu’à la fenêtre.

J’ai donc réussi à ouvrir les rideaux. Agrippé de toutes parts au rebord de la fenêtre, les jambes flageolantes sous mon poids et l’effort incommensurable qui me motive, je suis parvenu à écarter le tissu des rideaux d’un geste épuisé.

Ce que je vois me hante et me torture.

Je vois du gris. Je vois une ville au loin, très loin au dehors, loin en contrebas. Je vois les gratte-ciel, immenses, jaillir d’un centre-ville au beau milieu de tout ça, grimpant devant moi jusqu’à hauteur des yeux. Je vois des milliers d’habitations, des milliers de petits immeubles, loin en bas, je vois des formes noires et grises, je vois le ciel gris en haut, j’y vois un soleil tapi derrière une poudre blanche, laiteuse, et ses rayons pudiques poindre faiblement sous la jaquette des nuages qui l’abritent.

Je vois aussi des oiseaux voler, tout en haut, et qui tournent et tournent sans cesse au-dessus de la ville. Des tonnes d’oiseaux noirs, plus que je n’en avais jamais vu auparavant.

Mais je ne vois aucun mouvement autre que celui des oiseaux. Pas de voitures, pas d’êtres humains. Aucune âme qui vive.

De part et d’autre, des murs de briques rouges me bloquent la vue. Je comprends que je suis tapi quelque part dans un large édifice, probablement un hôpital, très haut sur une montagne.

Mais je ne reconnais ni l’endroit, ni le temps.

Où suis-je donc?

Pourquoi dans cet hôpital?

Que m’est-il arrivé?

Je dois savoir. Je dois comprendre.

Car la révélation qui perle en bordure de ma conscience est que je ne connais plus rien du monde, plus rien de moi, plus rien de rien.

Et que je suis devenu amnésique.


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