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26 février 2007

Gangbang Café - Volet #1

13h45.

L’alarme tonitruante de mon cadran vient de bousculer mon sommeil. D’un coup de poing, je le force à se taire, mais rien n’y fait. Je l’envoie finalement promener contre le mur d’un bon revers de la main et je m’enroule à nouveau dans mes couvertures, le visage enfoui entre la couette molle et l’oreiller trop petit.

Et je me rendors.

Et je rêve du canon du calibre 22 qui m’attend dans le tiroir de ma table de chevet.


*
* *


16h50.

Je m’éveille lentement. Je sors des vapes. Mes yeux s’ouvrent lentement sur le monde, sur la lumière orangée qui perce le store de ma chambre. Dehors, le jour commence à décliner. D’ici une heure tout au plus, le soleil aura quitté le ciel et laissera place à la lune.

Ma vie nocturne alors pourra commencer.

Au loin, j’entends la sonnerie du téléphone. C’est cette sonnerie qui m’a réveillé, je pense. Bordel.

Je tasse les couvertures avec résignation, m’assois dans mon lit avec apathie. J’attends quelques secondes, le temps que le téléphone se taise. Je n’ai pas envie d’être bousculé aujourd’hui. J’ai encore une grosse journée devant moi et je dois garder les idées claires.

Le téléphone sonne encore deux coups, trois coups, puis se tait, avalant la voix de l’interlocuteur dans sa messagerie probablement déjà pleine à satiété.

J’attends quelques secondes, puis je me lève.

Mais le téléphone se remet à sonner.

Alors, une folie meurtrière s’empare de moi. Je me lance au-devant en quittant la chambre, trébuche sur le panier à linge qui obstrue le passage, reprends mon équilibre à tâtons le long des murs de l’étroit corridor. J’aboutis dans la cuisine, dédaigne les morceaux de pizza qui envoie dans l’air une odeur fétide et écœurante, m’empare du combiné qui traîne avec son petit voyant orangé sur le petit tabouret de bois, puis le lance contre le frigo de toute la force de mon bras.

L’appareil vole en éclats dans un fracas hallucinant avant de retomber au sol, squelettique. Emportant dans son trépas sa sonnerie assourdie. Et une vengeance presque réussie, celle d’un morceau de plastique, affûté comme une lame et qui, comme un projectile, vint effleurer ma joue, à un centimètre sous l’œil droit.

Je retourne vers ma chambre en laissant derrière moi un chemin parsemé de petites gouttelettes de sang.

Et puis je me recouche pour une autre petite demi-heure.


*
* *


17h30.

Douché, lavé, essoré.

Je sors de la salle de bain, une serviette à la taille. Et un petit pansement sur la joue.

Dans la chambre, sur le lit fraîchement refait, deux costumes.

Le premier, des fringues de superviseur de ce minable atelier de couture, minable employeur du quartier nord-ouest. Un petit boulot merdique qui sert de couverture parfaite pour le but premier de ma vie.

Le deuxième, un costard noir deux pièces, avec chemise blanche et cravate. Un déguisement de circonstances pour ma vie nocturne.

Devant le lit, je dénoue ma serviette. Mais me dirige finalement vers ma table de nuit.

J’ouvre le tiroir, empoigne mon pistolet.

Cette nuit encore, quelqu’un va tâter de ma haine.


*
* *


18h.

Je descends tranquillement les escaliers, le grand sac de toile sous le bras, un blouson de cuir par-dessus ma veste noire.

En bas de l’escalier, une porte s’ouvre. Celle de ma voisine d’en dessous qui à mon passage pointe son nez au-dehors.

— J’ai entendu un drôle de bruit au souper, m’annonça la quinquagénaire aux cheveux roux. Comme un coup de feu. Et après ça, comme un bruit de vitre brisée. Ça venait de chez vous, je pense. Vous avez échappé de la vaisselle?

Je passe devant elle, la salue du menton, puis ouvre la porte extérieure.

— Un simple accident, lui répondis-je. Je suis tombé et j’ai arraché le téléphone du mur en voulant me retenir. Il est tombé et s’est cassé en mille morceaux.

— Oh! Je suis désolée pour vous! dit la gentille dame. Vous voulez que je demande à Sylvio de venir y jeter un coup d’œil demain matin? Je suis sûr qu’il vous arrangerait ça sans problème.

— Non non, ça va aller, madame. Je vous remercie.

La dernière chose que j’avais besoin, en ce moment, c’était que le bêta de Sylvio, fils du proprio, vienne fouiner dans mes affaires.

— Okay, alors bonne nuit de travail, monsieur Gustave. Et faites attention dehors. Ils ont encore trouvé un autre mort au coin de la rue ce midi, dans sa voiture. Ils disent de ne pas s’inquiéter, mais les dames et moi, on commence à ne plus trouver ça drôle du tout…

— Ne vous inquiétez pas pour moi, madame Soula. De toute façon, il faut bien mourir de quelque chose un jour ou l’autre. Sinon, on deviendrait éternels et ça ne ferait pas plaisir aux anges…

Sur ces beaux mots, j’ai mis un pied dans l’hiver éclaboussant de froideur de février.

Oui, il fallait bien mourir un jour ou l’autre.

Et ce soir la cible n’y échappera pas.

Et dans ce cas-ci comme dans les autres avant, ça ne ferait pas bien de différence. Ni pour moi, ni pour le monde.

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Réponses à l'appel "Gangbang Café - Volet #1"

 

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